“L’intimité de la forme”, exposition de Victoria Shraer

Paysanne avec jarres. Statuettes en bronze. Victoria Shraer.

Paysanne avec jarres. Statuettes en bronze. Victoria Shraer.

Avec pour titre « L’intimité de la forme », l’Exposition présentée par le Centre Culturel de la Coopération jusqu’au 7 décembre permet de mieux connaître une artiste argentine, pétrie des cultures française et argentine. Formée dans l’atelier de l’artiste plastique Cecilia Marcovich, elle-même disciple d’Antoine Bourdelle, Victoria Shraer est devenue architecte puis s’est orientée vers la gravure, la taille de pierre et la sculpture.

Son contact avec la culture française se concrétise durant un voyage à Paris dans les années 70, lors duquel elle acquiert le livre « La sculpture de Rodin », écrit par le « Maître » de Montauban. Fascinée par la manière d’enseigner des artistes de cette époque, elle commence alors à traduire en espagnol l’un des ouvrages du sculpteur, « La sculpture et Rodin », afin de mieux transmettre cet enseignement à ses propres élèves dans son Atelier d’Art de Buenos Aires. « Lors des cours avec Cecilia Marcovich, nous lisions à voix haute des extraits de textes de ces artistes français et je souhaitais moi aussi transmettre leur façon d’enseigner ; c’est ce qui m’a poussée à traduire », explique Victoria, rencontrée lors du vernissage.

Elle contacte alors Rhodia, la fille d’Antoine Bourdelle, pour lui parler de son projet de publication. « Je me souviens de Madame Marcovich, élève de mon père qui est donc en quelque sorte votre grand-père ! », lui écrit Rhodia depuis la capitale française. « Le courant était passé entre nous, au point qu’en 1996 je suis repartie à Paris, mon manuscrit sous le bras. Elle, à 90 ans, était vêtue d’un jean et m’a très chaleureusement reçue et donné les autorisations légales pour publier ma traduction », se remémore-t-elle avec enthousiasme.

Victoria Shraer dans son atelier.

Victoria Shraer dans son atelier.

En 1994, parrainée par l’Ambassade de France à Buenos Aires, Victoria expose l’une de ses œuvres : une série de statuettes en bronze inspirées de dessins de Jean-François Millet. Pour ceux qui se trouvaient alors loin de l’Argentine, une opportunité leur est donnée aujourd’hui de découvrir quelques-unes des statuettes (notamment une Paysanne avec jarre), émouvantes dans leur fragilité tant les personnages des plus célèbres tableaux de Millet semblent sortir des champs où ils travaillaient –ou du Musée d’Orsay- pour nous retrouver à la distance de plus d’un siècle. « J’ai beaucoup aimé ce travail intense, le défi de passer à la troisième dimension et j’en ai composé vingt-sept », commente Victoria, déjà sollicitée par d’autres événements pour l’été austral à venir. En 1998, à l’occasion d’une grande exposition réunissant les œuvres de Bourdelle dans la capitale argentine, l’Alliance Française lui ouvre à nouveau ses portes pour y présenter sa traduction (publiée chez Edicial).

Son travail vient aussi nous rappeler l’important patrimoine sculptural qui lie le grand sculpteur à la ville de Buenos Aires. Pas plus tard qu’en juin dernier, la directrice du Musée Bourdelle, Amélie Simier, était en visite en Argentine, avec une mission d’experts français de la restauration de bronzes, afin d’examiner plusieurs œuvres et étudier la patine, recherchée par l’artiste, parmi lesquelles le monument au général Alvear sur l’avenue Libertador ou encore l’ « Archer » sur la place Recoleta.

Terre cuite polychrome: Fillette du Chaco - Photo: Victoria Shraer, lors du vernissage au CCC.

Terre cuite polychrome: Fillette du Chaco – Photo: Victoria Shraer, lors du vernissage au CCC.

Outre les miniatures inspirées de Millet, l’exposition de Victoria Shraer propose de délicates statuettes en terre cuite polychromée d’enfants de la province du Chaco. Pour le critique d’art et commissaire de l’Exposition, Alberto Giudici, ces statuettes, « modelées en argile, paraissent nous relier aux tanagras grecques. L’association n’en est pas fortuite puisque c’est à travers elles que les artistes grecs ont recréé leur univers familier, leur entourage le plus intime et quotidien. » L’ensemble des œuvres exposées transmet autant de plaisir visuel que d’émotion contenue, engendrés par les formes recueillies de personnages pensifs autant qu’apaisés.

 

À découvrir jusqu’au 7 décembre au rez-de-chaussée du Centre Culturel de la Coopération, Avenue Corrientes 1543 (Salle Abraham Vigo)
Entrée libre de lundi à vendredi, 11h-22h
Samedis: 14h- 23h et dimanches : 14h-21 h.

 

Par Claude Mary.