« El Invierno », le western rural et social d’Emiliano Torres

Emiliano Torres dans les rues de Buenos Aires. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

Emiliano Torres dans les rues de Buenos Aires. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

 

Le 6 octobre « El Invierno » sort en salle en Argentine. L’opera prima du réalisateur argentin arrive dans son pays auréolé par plusieurs prix et récompenses obtenus dans les festivals européens de San Sébatian (Espagne), Toulouse et Biarritz (France)

 

Après 40 années passées – dans une solitude quasi absolue – à s’occuper comme si c’était la sienne de cette estancia du bout du monde, le vieux contremaitre (interprété par l’acteur chilien Alejandro Sieveking) est brutalement « remercié » par le propriétaire. Habitué à donner des ordres comme à en recevoir, il fait son sac en 10mn et s’en va.

Son « remplaçant », est un jeune paysan qui vient du nord, de la Province de Corrientes. Il a menti en assurant qu’il n’avait pas de famille afin d’avoir le travail et il n’est habitué ni à la solitude ni au froid. Il est interprété par un jeune acteur argentin originaire de Missiones, Cristian Salguero.

Le choix d’Emiliano Torres de filmer en décor et lumière naturels n’a pas simplifié le tournage. Au total, le film a été tourné en 6 semaines, 2 en hiver et 4 en été dans des conditions particulièrement difficiles, « sept heures de lumière par jour, un vent qui soufflait à 80 km/h et rendait fou le preneur de son et qui affectait l’humeur de toute l’équipe. Pas de signal pour le téléphone, pas d’internet évidemment. Ce fut un vrai exercice d’adaptation mais ça m’a obligé à faire du cinéma de manière essentielle, sans sophistication (…) ».

 

Le 29 septembre, l’Alianza Francesa de l'avenue Cordoba à Buenos Aires projettait en avant-première du film d’Emiliano Torres, en présence de Ezequiel Borovinsky et Alejandro Israel, les producteurs argentins. Ce premier long métrage est une co-production franco-Argentine. Il sortira en salle en Argentine le 6 octobre prochain et en France la première semaine de Février 2017. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

Le 29 septembre, l’Alianza Francesa de l’avenue Cordoba à Buenos Aires projettait en avant-première du film d’Emiliano Torres, en présence de Ezequiel Borovinsky et Alejandro Israel, les producteurs argentins. Ce premier long métrage est une co-production franco-Argentine. Il sortira en salle en Argentine le 6 octobre prochain et en France la première semaine de Février 2017. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

 

A l’arrivée un film qui restitue sans fioritures l’immensité de cette patagonie rurale, rude et glaciale et en fait un des personnages centraux du récit, «cette zone de la Patagonie (ndlr: située au sud ouest de Santa Cruz) est la moins connue. Il n’y a pas de baleines, pas de pingouins ni de lacs, c’est une zone de travail rurale avec un climat très dur mais qui pour moi a une beauté unique et ça m’intéressait de filmer ce lieu, mais pas pour en faire un film de paysage. Le défi était d’incorporer le paysage comme un personnage du film, de façon naturelle parce qu’il est important dans la vie des habitants ».

Un film coup de poing qui nous raconte sans fard la violence du monde à travers ces deux hommes qui vont finir par s’affronter à mort pour un travail misérable. Un travail qui consiste à s’occuper d’un lieu dont le propriétaire n’a pas de nom, qui pour ainsi dire n’existe pas.

Et l’affrontement est brutal et désespéré entre le vieux contremaitre sans avenir qui ne cessera de revenir hanter les lieux et son jeune remplaçant, contraint de cacher l’existence de sa famille pour avoir le travail et qui dans une forme de fatalisme marche inéxorablement dans les pas de son prédécesseur.

Le tout dans l’indifférence absolue de ceux qui leur font signer des contrats de subordination iniques et leur glissent en paiement quelques liasses de billets sur lesquels un intermédiaire indélicat prélève son bakkchich..

«  El Invierno » est un grand film. À voir pour sa sincérité, sa véracité, son esthétique, sa violence et ce qu’il nous dit du monde dans lequel on vit …

 

Par Graziella Riou Harchaoui. 

 

 

 Le filme sortira en salle en Argentine le 6 octobre prochain et en France la première semaine de Février 2017. Le jeudi 9 octobre il sera en avant-première au Cine Gaumont, Rivadavia 1635,CABA.