Sur les traces du Général San Martin: « La patria se hizo a caballo »

Entrainement du Régiment de Granaderos avant le départ du défilé officiel. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

Entrainement du Régiment de Granaderos avant le départ du défilé officiel. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

 

Le 17 Août est un jour férié inamovible dans la province de Corrientes. C’est le jour de la commémoration de l’anniversaire de la mort du « Padre de la Nación », le Général San Martin, décédé le 17 aout 1850 en France dans la ville de Boulogne-sur-Mer. Cette année comme les précédentes, Yapeyú, la ville de naissance du Libertador, a accueilli la traditionnelle et émouvante cérémonie d’hommage, présidée par le gouverneur de la Province de Corrientes, Ricardo Colombi, en présence du Ministre de l’Education et des Sports de la nation, Esteban Bullrich.

 

« Si Napoléon a été un conquistador, San Martin est un libertador»

La cérémonie officielle a été suivie du non moins traditionnel défilé civilo-militaire auquel participaient des cavaliers venus à cheval de toute la province et de nombreuses autres provinces d’Argentine, pour rendre hommage au défenseur infatiguable de l’indépendance de l’Argentine (ndlr: ainsi que du Chili et du Pérou), pour que les Argentins soient «libres et indépendants de l’Espagne et de toute autre domination étrangère». José de San Martin, apparait aujourd’hui comme une figure considérable de l’histoire de l’Argentine et de l’Amérique du Sud. Un soldat patriote courageux, un penseur politique, un humaniste, un stratège qui a fui les honneurs … et qui fait l’unanimité de ses biographes. Quand à ses admirateurs d’aujourd’hui ils n’oublient jamais de glisser dans la conversation que si «Napoléon a été un conquistador, San Martin a été un libertador».

De gauche à droite, Juan-José Coria, le fondateur, puis Génaro Bazzy, Santos Martinez et Roberto Voutat qui sont venus lui prêter main forte lorsque la cabalgata s'est développée. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

De gauche à droite, Juan-José Coria, le fondateur, puis Génaro Bazzy, Santos Martinez et Roberto Voutat qui sont venus lui prêter main forte lorsque la cabalgata s’est développée. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

 

 

Ferveur patriotique à Yapeyú

Parmi les 1500 cavaliers qui se sont retrouvés à Yapeyú en cette fin août 2016, 70 d’entres eux faisaient partie de la «Cabalgata Federal de Yapeyú». Une cabalgata née il y a 16 ans de la volonté de Juan-José Coria. Médecin à Goya, ce fidèle « Sanmartinien » comme il se présente lui-même, a initié la première cabalgata au départ de Goya afin « de préserver l’esprit du « Libertador » et de faire perdurer son héritage, « j’aime beaucoup le cheval mais fondamentalement c’est la partie historique, la personnalité et la grandeur de San Martin qui me motivent. J’ai vu que tout cela se perdait de nos jours, plus personne ne parle de San Martin et cela me préoccupe (…) ».

Lors de la 1ére cabalgata en 2001, ils étaient 10 à faire la route, « on traversait toute la province de Corrientes depuis le Rio Parana jusqu’à Yapeyú sur le Rio Uruguay ». En 2006, Juan-Jose Coria se lance dans la traversée de la Cordillière, sur les traces de son héros qui en 1817 a débuté sa campagne de libération de l’Amérique du Sud en traversant les Andes avec plus de 5000 hommes à cheval, « en faisant cette traversée j’ai rencontré des gens que ça intéressait et la cabalgata a pris de l’ampleur ». Et quelques années plus tard ce sont 104 cavaliers venus de 18 provinces de la Rioja à Ushuaïa qui ont convergé vers Yapeyú. Au fil des ans, l’organisation devenait de plus en plus complexe, « j’habitais Goya et organiser tout ceci depuis Mercedes, trouver les chevaux, etcétera, était devenu très compliqué», explique le docteur Coria. C’est ainsi que d’autres Sanmartiniens sont venus prêter main forte en constituant un quarteron de gauchos déterminés à faire vivre l’esprit de San Martin. Il y a Roberto Voutat, hôte des premières chevauchées qui est devenu l’amphytrion « exceptionnel » de la première étape. Il prête des chevaux à ceux qui n’en ont pas et accueille les cavaliers dans son estancia « El Cerrito » pour un asado mémorable au son du chamamé. Son cousin, Génaro Bazzy, est aussi de l’aventure et c’est son estancia « La Morocha » que les cavaliers traversent le 1er jour avant de s’élancer le long de la Ruta 123 puis la Ruta 12 sur près de 100 km. Et au quotidien lui et ses fils régalent la troupe avec leurs tortas fritas toutes chaudes. Enfin il y a Santos Martinez, l’historien de l’équipe qui ne manque pas d’anecdotes à raconter sur la philosophie de vie de cet exceptionnel héros de l’histoire de l’Argentine. « La patria se hizo a caballo », « la Patrie s’est faite à cheval » nous racontent aujourd’hui Juan-José, Roberto, Santos et Genaro qui veillent à ce que l’héritage Sanmartinen qui repose sur trois piliers « Liberté, Patrie, Union », se transmette aux jeunes générations, une fois l’an, au rythme du pas tranquille de leur chevaux.

La Cabalgata au départ. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

La Cabalgata au départ. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

La relève est en marche

Juliana, Virginia, Roberto-Carlo, Diego, Sebastian …. ce sont les enfants de Juan-José, de Roberto et de Genaro et ensemble depuis 4 ans ils reprennent petit à petit les rênes de la cabalgata lui apportant un peu plus de confort et de modernité. C’est ainsi que la musique a fait son apparition avec une soirée au son d’un orchestre de Chamamé. Une tente accompagne désormais la troupe, montée chaque soir elle assure aux cavaliers de dormir au sec. Il y a aussi les grands asados et notamment l’asado de poisson qui permet de déguster dorados et surubi au feu de bois. Mais si les jeunes ont apporté un nouveau souffle à la cabalgata, ils en préservent l’esprit. Juliana Coria a ainsi rédigé un projet de résolution déposé en juin 2016 devant la chambre des députés de la province de Corrientes afin d’incorporer la Cabalgata Fédéral de Yapeyu « qui a lieu chaque année en août en hommage au Général San Martin », dans le patrimoine culturel immatériel. Projet qui a été examiné et accepté par la chambre des députés lors de la session du 10 aout dernier et qui reste à etre approuvé par le pouvoir exécutif.

 

Par Graziella Riou Harchaoui.