La France, « la otra orilla » du Général San Martin

Monument en honneur au Libertador, Plaza San Martin, à Buenos Aires. Oeuvre réalisée par le sculpteur français Louis-Joseph Daumas.

Monument en honneur au Libertador, Plaza San Martin, à Buenos Aires. Oeuvre réalisée par le sculpteur français Louis-Joseph Daumas.

C’est en 1824 que débute la nouvelle vie d’exilé volontaire du Général San Martin. La France lui ayant dans un premier temps refusé le droit de séjour, il part à Londres, puis à Bruxelles avec sa fille la petite Mercedes alors âgée de 8 ans. C’est en 1830 qu’il reçoit l’autorisation de séjourner en France et sur les conseils d’un ancien compagnon d’armes, Alexandre Aguado, qui est le maire de la petite localité d’Evry située à 30km de Paris, le Général San Martin achète le chateau de Grand Bourg où il vivra jusqu’en 1848 avec sa fille, puis son gendre, le diplomate Mariano Balcarce, et ses deux petites filles Josefa Dominga et Maria Mercedes. La ville d’Evry est aujourd’hui connue pour être la ville dont l’actuel Premier Ministre de la France, Manuel Valls, a été le député-maire pendant 10 ans et dont il est toujors un élu très présent.

Mais là ne s’arrête pas le séjour français de « Don José » ni l’histoire de sa famille avec la France en général et l’Essonne en particulier. Dans un récit particulièrement bien documenté, l’historien essonnien Jacques Gauchet explique pourquoi la ville de Brunoy située à une dizaine de kilomètres d’Evry, compte autant dans l’histoire du Général et de sa famille.

«C’est son gendre, Mariano Balcarce, qui a fait venir les cendres du Général dans le caveau familial au cimetière de Brunoy. Elles y sont restées pendant 18 ans de 1861 à 1880 jusqu’à ce que Mariano Balcarce facilite leurs transfert à Buenos Aires ».

Sa petite-fille Josefa Gutierez de Estrada – dite Pépa – est née à Evry dans la maison de son grand-père. Elle et sa famille le suivront à Boulogne et ils resteront au près du vieux général jusquà sa mort en 1850. Puis en 1850 la famille revint à Paris et son père, le diplomate argentin, Mariano Balcarce, achète à Brunoy une résidence d’été « le petit chateau ».

Mariée à un diplomate mexicain, « Pepa » Gutierez de Estrada, hérite du chateau et s’installe définitivement à Brunoy en 1904 à la mort de son époux. Elle continue à faire vivre la Fondation Balcarce-Gutierrez de Estrada que le couple avait crée pour venir en aide aux personnes agées sans ressources.

«Dans le cadre de sa fondation, elle dévoila ses trésors de bonté, ses grandes qualités de cœur. Très fortunée, elle consacra son temps et son argent au service des humbles, payant l’accès à l’hôpital pour les malades, délivrant chaque semaine des pot-au-feu aux familles nécessiteuses et accueillant les isolés, les vieillards, dans sa fondation de la rue des Peupliers. Il y avait tout autour, de grands jardins qui fournissaient en abondance des fruits et des légumes», raconte encore Jacques Gauchet.

Musée du Général San Martin à Boulogne-sur-Mer. Photo: Site de l'Ambassade d'Argentine en France.

Musée du Général San Martin à Boulogne-sur-Mer. Photo: Site de l’Ambassade d’Argentine en France.

Lorsque la guerre de 1914-1918 éclate, Madame Gutierrez offre à l’ armée les locaux de sa fondation pour en faire un hôpital auxiliaire. Ce fut un hôpital modèle, car elle y installa une salle d’opérations des plus modernes (…) »

La fondation caritative «Balcarce-Gutierez » a fêté en 2016 son 110 ème anniversaire. Et ce qui fut la première maison de retraite de Brunoy est devenue aujourd’hui une maison de retraite médicalisée. Ainsi perdure la mémoire du Général San Martin et de sa famille dans une petite localité française de la banlieue parisenne.

Quant à la demeure Evryenne du Général San Martin « Grand Bourg » où il résida de 1834 à 1848, elle est aujourd’hui propriété des religieuses de la Communauté contemplative de Notre Dame de Sion et porte le nom du Couvent « La Solitude ».

 

Par Graziella Riou Harchaoui.