Rencontre avec Lucile Hadzihalilovic

Affiche du film Évolution de Lucile Hadzihalilovic.

Affiche du film Évolution de Lucile Hadzihalilovic.

¿Quién nos cuenta una parte de su historia hoy ? De passage dans le pays qui a vu naître son époux, l’extraordinaire Lucile Hadzihalilovic, qu’il a fallu courser autour du cinéma El Cairo de Rosario, nous livre quelques brèves cinématographiques autour d’une Quilmes bien fraîche.

Invitée au festival de cinéma indépendant de Buenos Aires (BAFICI), la réalisatrice de La bouche de Jean-Pierre, au nom de famille imprononçable, fait un saut à Rosario pour présenter Innocence et Évolution. Une charla sorpresa organisée par l’Alliance Française, pour le plus grand bonheur des amateurs de cinéma atypique.

De cinéma atypique voire de genre, mais justement impossible à caser dans quelque genre que ce soit. “Un peu comme un poème”, dit-elle. Et la directora surfe sur les mêmes vagues que ses films, où l’eau est quasi omniprésente.

Il est dix-sept heures. Deux heures avant la projection d’Innocence, qui sera suivi d’une charla, puis d’Evolution et, enfin, d’une seconde charla. Attendez, curieux, devant le cinéma. Le hall est clos. Dans la rue, rien à voir. Sous les affiches collées sur les portes vitrées, des boots à talons. Ca bouge dans l’entrée. Les portes s’ouvrent, et voilà que surgit le touchant alien du cinéma d’auteur français. A la mode argentine, réunissez courage et buena onda, et abordez timidement l’objet de tout votre intérêt (en d’autres termes, sautez-lui dessus avant qu’elle ne disparaisse).

Suivant ses directives, retrouvez Lucile Hadzihalilovic à la fin de la première charla. Cette artiste atypique entre-t-elle dans une catégorie de “cinéma français” ? A l’image d’Évolution, qui a mis près de dix ans avant de croiser le chemin de Sylvie Pialat, son œuvre aurait-elle eu plus de chances de trouver producteur à son pied en Argentine ? Touche-t-elle un public différent ici ? Quelle place accorde, selon Lucile, l’Argentine au cinéma indépendant ?

La réponse est assez simple, finement expliquée. Modeste, la réalisatrice comme la monteuse ne considère pas connaître suffisamment l’Argentine. “Je ne vais pas parler au nom de Gaspar (Noé)”. Pour elle, si les goûts comme la manière de raconter sont influencés par les cultures, il n’existe pas réellement de cinéma national. Malheureusement peut-être, les producteurs associent bien souvent les pays à des thèmes à aborder. L’exemple du Liban lui paraît pertinent : il est plus difficile au cinéma fantastique de trouver des producteurs qu’au cinéma engagé. Mais n’est-il pas universel que, souvent, les films à l’apparence détachée abordent avec une toute autre profondeur des sujets politiques et sociaux ? Attention, cependant, à ne pas trop intellectualiser les films de Lucile. Elle rappelle pour le prouver que le cinéma est avant tout une histoire de sensations et d’émotions. Pour ce qui est du cinéma d’auteur, la France reste selon elle un pays adapté, notamment grâce aux “filets parfois absents en Argentine” (aides sociales). Même s’il est bien souvent plus facile de sortir un premier film qu’un deuxième !

Détonante, atypique, grande et pleine de finesse, Lucile Hadzihalilovic est impressionnante malgré sa voix fluette, et s’intéresse à ses interlocuteurs bien au-delà des questions qui lui sont posées. Un joli échange culturel entre la France et l’Argentine.

 

Par Claire Griois.