Nico et Juliette

Juliette.

Juliette.

Il est Argentin, elle est Française. Tous les deux vivent à Rosario. Il a habité avec une Française, elle habite avec un Argentin. En juillet 2016, elle rentrera en France après un an d’immersion au pays du Che. À la même date, il foulera pour la première fois de sa vie les pavés parisiens.

Nico est né à San Juan mais, depuis quatre ans, il étudie les relations internationales à l’UNR, la fac publique de Rosario. L’an dernier, il partageait une grande maison avec douze autres locataires, dont Laure, une Française avec qui il passait le plus clair de son temps.

Juliette est née près de Paris. Étudiante à Bordeaux, elle effectue une année de «mobilité» à Rosario. Dans son cas, l’immersion est totale. Dans celui de Nico, c’est lui qui a partiellement intégré Laure, son amie française. Pourtant, chacun a culturellement voyagé.

« Avant l’arrivée de Laure, je ne savais pas grand-chose de la France, raconte Nico. Je connaissais les clichés selon lesquels les Français, malgré leur style vestimentaire étudié, se lavaient moins que nous, étaient un peu froids et n’aimaient pas parler anglais, à cause d’une vieille rivalité avec le Royaume-Uni. Mais je savais aussi à quel point les Argentins étaient intéressés par la France, par ce «premier monde», comme on l’appelle.»

Nico.

Nico.

Juliette, elle, explique qu’elle n’avait pas vraiment d’attentes particulières. «J’avais entendu parler de la buena onda latine, d’une population plus engagée politiquement. Et aussi moins à l’heure…» Si Nico s’est vu confirmer que les Français n’étaient pas en indélicatesse avec le gel douche ni avec la langue de Shakespeare, ses attentes ne se sont pas révélées spécialement fausses. Les suppositions de Juliette n’ont pas été bouleversées non plus. Une des grandes différences culturelles qu’elle relève tourne autour de la place de la famille : «elle est très importante ici. En France, il est rare de vivre encore chez ses parents à trente ans. Ici, c’est normal. Ils t’aident et tu les aides.» Et Nico est bien d’accord : «moi, j’ai créé une vie à Rosario. Je me sens Rosarino maintenant. Mais la grande majorité de mes amis rentre chez ses parents dès qu’elle en a l’occasion !»

Et pour cause. « Treinta y cinco días, está enorme ! » a réagi sa mère lorsqu’il lui a annoncé qu’il allait partir de mochilero en Europe cet été. C’est justement sa coloc Laure qui a influencé ce choix. Si, avant son arrivée, il avait déjà voyagé aux États-Unis et en Colombie, la baroude n’avait jamais réellement fait partie de sa culture familiale.

« Quand Laure m’a raconté qu’elle avait vécu en Espagne et en Martinique, j’ai encore plus compris que c’était possible. Et ça, la plupart des Argentins ne l’a pas encore intégré. » Quant à Juliette, « me tranquilicé », dit-elle. Les multiples « ya fue » et autres « todo bien » argentins l’ont aidée à relativiser. Habituée à ce que la famille de son colocataire s’assure que tout va bien pour elle et lui propose de partager leur repas, elle sait qu’elle gardera en elle cette attention que tous les Français n’ont pas. « Je ne suis pas sûre que, chez nous, les gens t’accompagnent au bout du chemin quand tu es perdue dans la rue, ou que tes propriétaires t’invitent à dîner le jour de ton arrivée ! »

Alors, au moment où Nico découvrira la Tour Eiffel en repensant aux multiples récits de sa “compañera de depto” française, Juliette rentrera en France la gorge serrée. Si elle ne se sent pas Argentine, elle se sent proche de ce pays et fera tout pour conserver le lien qui l’y unit. Et l’asado va lui manquer.

 

Par Claire Griois.