Gérard Duménil à la Faculté de Sciences Économiques de la UBA: « Il faut lutter pour les utopies ! »

Gérard Duménil à la Faculté d'Économie de la UBA. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

Gérard Duménil à la Faculté d’Économie de la UBA. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

Economiste d’inspiration marxiste de renommée internationale, Gérard Dumenil était la semaine dernière à Buenos Aires où il a participé à une série de conférences pour présenter son dernier livre « La Grande Bifurcation – pour en finir avec le néo libéralisme » dont l’édition en castillan vient de sortir

Il est intervenu lors des rencontres internationales “Ecologías políticas, desde los territorios”, organisées par le Centre Franco-Argentin, la UBA et l’Institut des Hautes Etudes Sociales de l’UNSAM. Il a aussi participé en solo à une conférence – plus confidentielle – à la faculté d’Economie de la UBA pour présenter son dernier opus. C’est là que  Che Monsieur a pu le rencontrer.

« La Grande Bifurcation – pour en finir avec le néolibéralisme » est un livre dense, rempli de données et de faits et dont l’auteur a clairement précisé la finalité en ouverture de son propos, « c’est un livre politique pour en finir avec le néolibéralisme, notre inspiration est clairement marxiste (…) ». Et avec humour il a donné – en espagnol – sa définition du néolibéralisme, «el señor mercado que se pelea con el señor Estado ».

Il a fallu 5 ans de travail à Gérard Duménil et à son co auteur Dominique Lévy, pour synthétiser 20 années de recherche. Des travaux qui, sur près d’un siècle, brossent un portrait du capitalisme qui n’a fait qu’accentuer les inégalités, et reposent sur une certitude, « la lutte des classes est le moteur de l’histoire ».

"La gran Bifurcación" de Gérard Duménil et Dominique Lévy. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

“La gran Bifurcación” de Gérard Duménnil et Dominique Lévy. Photo: Graziella Riou Harchaoui.

Les systèmes capitalistes existants traversent une période « d’hybridation » et Gérard Duménil a distingué le néolibéralisme administratif américain, du néomanagérialisme allemand. Quant à la France elle vit selon lui « une transition du social libéralisme au néo libéralisme ». Pas sûr que cela plaise aux socialistes français!!

Affirmant que le capitalisme mondial ne laisse « aucun espoir d’un futur meilleur (…) tous les projets d’amélioration sociale se sont fracassés (…) », Gérard Duménil a insisté sur la nécessité « d’ouvrir d’autres voies ». Pas question pour autant de « reconstruire un système soviétique (…) nous sommes des marxistes révisionnistes, nous pensons qu’il n’est pas possible de refaire les mêmes choses! ».

La configuration du grand réseau du capital mondial. Graziella Riou Harchaoui.

La configuration du grand réseau du capital mondial. Graziella Riou Harchaoui.

« La grande bifurcation » est un livre documenté et engagé qui suggère que le progrès social passera nécessairement par la capacité – on pourrait dire le courage – du politique à faire (entre autres choses), « vaciller » les circuits financiers du capitalisme.

Gérard Duménil a conclu en évoquant les interactions entre les trois crises qu’il identifié dans son livre, «économique, écologique et des utopies », en insistant sur la crise des utopies qu’il ne faut pas considérer d’un point de vue pessimiste, « mais plutôt comme un grand projet de transformation sociale, il faut lutter pour les utopies! »

Par Graziella Riou Harchaoui.